Le solennel adagio de l’hiver

Posté par ENO filles le 6 décembre 2017

 » La société de masse ne veut pas la culture mais les loisirs » déclare Hannah Arendt dans son livre « La crise de la culture » en 1961 et 1968. Mais en ce mois de décembre ce sont les deux qui nous ont quittés.

JEAN D'ORMESSON  JOHNNY HALLYDAY 2014 Salaud on t'aime

                                         Au revoir Monsieur d’Ormesson                                Au revoir Johnny

Aujourd’hui ils ne sont plus.

Jean d’Ormesson, parfois surnommé Jean d’O, né le 16 juin 1925 à Paris est mort le 5 décembre 2017 à Neuilly-sur-Seine

Le rockeur préféré des Français est mort  dans la nuit du mardi 5 au mercredi 6 décembre 2017.  Il était âgé de 74 ans.

La France a du chagrin.

Moi aussi j’ai du chagrin.

Tous deux sont partis comme ils ont vécu.

Ils auraient pu se mourir sur scène, comme Molière (en réalité Molière ne meurt pas sur scène, mais dans son lit. Il succombe à une hémorragie, quelques heures après une représentation du « Malade imaginaire » le 17 février 1673)

On les pensait immortels. Ils le sont

Jean d’O, comme on le surnommait avec affection, écrivain prolifique et très médiatique, allant de grandes fresques historiques aux essais philosophiques, partageant ses réflexions sur la vie, la mort ou l’existence de Dieu, est le premier immortel entré à l’Académie française à 48 ans en 1973. Il est régulièrement invité pour son érudition et son art de la conversation. Amoureuse des mots, j’adore les siens.

Johnny,  par ses chansons, en révolutionnant le paysage français musical dans les années 60, a fait entrer une part d’Amérique au Panthéon national. Une légende française. Une immense carrière de 57 ans, intergénérationnelle.

Par leurs mots, par leur musique, par leur force et par leur rage de vivre à la poursuite du bonheur.

Gémeaux comme moi (j’ai toujours eu des affinités avec les gens de mon signe), ce sont des personnes que j’ai aimées et qui ont laissé et laisseront des traces dans ma vie. Ils ont enchanté nos vies.

JOHNNY HALLYDAY

« Que je t’aime »

Un monument du rock français s’en est allé. Il symbolise la culture rock populaire.

Que va-t-on retenir de Johnny ?

C’est un archange du rock ‘n’ roll, sa voix déchirante, son Sourire extraordinaire, les yeux d’un bleu lac, autant à l’aise dans le rock que dans la douceur.

L’ENFANCE – LES DEBUTS

Fils d’Huguette, mannequin de cabine et de Léon Smet, acteur, chanteur et danseur belge, Jean-Philippe naît dans le 9e arrondissement de Paris, le 15 juin 1943 Son père le  reconnait, le 7 septembre 1944. Il se nomme désormais Jean-Philippe Smet. Il sera élevé par sa tante paternelle Hélène Mar aidée de ses filles Desta et Menen.

À 3 ans commence pour Jean-Philippe une vie d’enfant de la balle.

il vit à Londres durant deux ans.

Ses cousines sont des danseuses classiques.

Desta épouse Lee Lemoine Ketcham, un danseur américain connu sous le nom de scène de Lee Halliday.

Lee Halliday, son père de cœur qui est pour lui une incarnation du rêve américain, le surnomme Johnny.

Il optera pour le nom de scène de Hallyday.

Il vivra 2 ans à Genève et plus tard à Paris.

Il va obtenir quelques petits rôles, tourne une Pub.

À 14 ans, en voyant au cinéma le film Amour frénétique, Johnny découvre Elvis Presley et le rock ‘n’ roll. C’est une révélation et, convaincu d’avoir trouvé sa voie, il décide de devenir rockeur.

1958  Johnny débute avec le soutien de ses proches.

Il devient dans le même temps possesseur d’une collection de disques alors inconnus en France.

Johnny fréquente ce qui bientôt devient le lieu culte du rock français : le Golf-Drouot.

C’est là qu’il retrouve d’autres copains, futurs confrères et concurrents : Long Chris, Dany Logan, Jacques Dutronc et Eddy Mitchell.

S’inspirant de ses idoles, il chante des reprises et adaptations françaises du répertoire américain en s’accompagnant à la guitare.

Il obtient ses premiers succès publics en chantant pour les GIs dans les bases américaines.

Le 30 décembre 1959, il est remarqué par Jil et Jan, deux auteurs-compositeurs enthousiasmés par sa prestation, ils le présentent à Jacques Wolfsohn de la maison de disques Vogue.

Depuis 1960, Johnny Hallyday a enregistré plus de 1 000 titres, dont une centaine de sa composition et vendu 110 millions de disques, pour une discographie officielle qui compte 50 albums studio et 27 albums live… 

DE LUI ON RETIENT

* LE SYMBOLE D’UNE JEUNESSE REBELLE.

Un modèle. Toujours très bien décidé à faire ce qu’il veut faire.

« Ma gueule qu’est-ce qu’elle a ma gueule »

* LE GUERRIER

Sa vie a toujours été un combat. Il a toujours relevé le défi, toujours plus haut toujours plus fort. Il a été un phare, un exemple de combativité, un modèle élégance, d’humilité.

Pour nous c’était la GUERRE d’ALGERIE.

* LES COPAINS

2012 En tournée, il n’est jamais seul

En décembre 2016, « Les vieilles canailles »

Johnny Hallyday, Eddy Mitchell et Jacques Dutronc avaient annoncé les retrouvailles des Vieilles Canailles pour une tournée estivale en 2017.

* LE ROI DU Rock ‘n’ roll

Le Service militaire va servir à la propagande.

En mai 1964, avant son départ à l’armée, sous l’objectif de Jean-Marie Périer, Johnny pose en tenue militaire devant le drapeau tricolore pour la couverture de « Salut les copains ».

1960 L’homme à la moto…

« On a tous quelque chose en nous de Tennessee »

JEAN D'ORMESSON academicienA quelques jours de son départ, il prend livraison de sa première Harley-Davidson, une Electra Glide rouge et blanche à laquelle il fait ajouter des sacoches de cow-boy.

JOHNNY LA MOTO

 

* L’ IDOLE DES JEUNES

100 millions de disques ! « Le charisme ça ne s’invente pas »

* LES CONCERTS

1982 Johnny Hallyday au Palais des Sports

26 Mars 2016 Johnny Hallyday Rester Vivant au Palais 12 a Bruxelles

Il est capable d’impro. La preuve : ce concert improvisé pour «Salut les copains»

1963 Concert de la Nation, Salut les Copains, Paris La Nation, 22 juin

1963 Johnny Hallyday Live  Amsterdam

1987 Bercy

1991 Johnny Hallyday à Paris Place de la Nation – Hommage à la jeunesse russe

1992 – Johnny à Bercy

1993 Le Parc des Princes

1996 Johnny Hallyday LAS VEGAS

1998 Le Stade de France

Johnny Hallyday  entre au stade de France en hélicoptère

2006 – Le Palais des Sports

* SES SPECTACLES  XXL

Le 30 mai 2009 son premier grand concert au stade de France est dans toutes les mémoires.

Voir aussi  ici et

2012 Entrée scène Johnny Hallyday

« Pour moi la vie va commencer »

 

IL EST LE ROCKER DE LA DEMESURE

Il est de toutes les époques : Rock ‘n’ roll , yéyé, hard rock …

Il a mis le feu dans sa vie, à sa vie et dans la vie de trois générations.

Allumer le feu

Chacun a l’impression qu’il est de sa famille. Aucune considération d’âge ni d’époque.

Il est la bande-son de nos vies.

« IL A ECLAIRE NOTRE JEUNESSE »

Dans les années 60, Il nous a mis la télé en couleur.

« On a tous en nous quelque chose »… de Johnny Hallyday.

IL SYMBOLYSE LE  Rock ‘n’ roll made in France

Il a insufflé l’esprit rock.

En 1960 il est déjà une immense vedette

Les Beatles n’avaient pas encore sorti de disque

Il a insufflé dans la France, le côté américain.

Pour en parfaire l’image, il choisit le nom américain de son père.

Aznavour réagi : « Etre américain avec l’accent de Ménilmontant. Non! Il ne faut pas mentir »

SOUVENIRS DE JEUNESSE

« Souvenirs, souvenirs»

Je me souviens…

Aujourd’hui, ma jeunesse revient comme un boomerang.

1960, la guerre d’Algérie, Johnny, mes 19 ans et ses 17 ans à Oran.

Il était venu chanter dans le petit club où nous dansions avec les copains l’après-midi.

Nous étions amis, nous étions rock et lui, chantait pour nous.

Il était très beau et très timide.

Sa voix mesurée, chaude et douce nous a séduits avec « Retiens la nuit »

Et nous à réveillés avec « Souvenirs, souvenirs ».

Il était à nous ce jour-là.

NOS VIES

Fan de rock et fan de Johnny, pendant longtemps j’ai suivi nos vies de près.

Naissance : Deux ans d’écart. Johnny : 15 juin 1943 et moi 29 mai 1941.

Signe : Gémeaux.

On dit que Gémeaux est un signe qui est né avec un micro à la main et qui aime la fête… Je n’ai jamais osé… mais aussi sous des apparences un peu légères, ils savent apprivoiser leur inguérissable solitude, le travail et l’effort.

LES DATES QUI COINCIDENT

1965 Le Mariage : 12 Avril pour Johnny et Sylvie, 23 décembre pour moi

1966 : Naissance du 1er enfant. 14 août, son fils, David – 17 septembre, ma fille

1980 : Le Divorce après 15 ans – Moi : 1er octobre, Johnny et Sylvie 5 novembre

* LE SOUVENIR MUSICAL

Beaucoup de titres resteront dans nos mémoires.

* LA MALADIE

2009 Premier bulletin de santé inquiétant.

Mais il se relève et enchaîne les albums

« Mes jours ne sont pas en danger », dit-il sans cesse

Il vit comme si la maladie n’existait pas…

On vivait tous comme s’il allait s’en sortir…

On attendait toujours des miracles de Johnny.

On l’a cru immortel. Il est immortel car il va continuer à exister par ses chansons.

Il s’est battu jusqu’au bout. .

Et comme aurait dit Jean Do : « la vie est belle parce qu’elle a une fin »

* IL RELEVE LE DEFI DU CINEMA

C’est une star de la toile.

Il a l’envie de jouer, d’être vrai. Quelques-uns de mes films préférés.

1963 «D’où viens-tu Johnny, » de Noël Howard son premier long-métrage

(Western à la française, dans une Camargue-Far West, avec des gardians-cow boys et des Gitans-Mexicains, Johnny Hallyday- Elvis Presley, dans un rôle Hollywoodien, à savoir un scénario convenu prétexte à glisser çà et là quelques chansons. Johnny chanteur-acteur en interprète trois en solo et une en duo avec Sylvie Vartan. Bagarres, chevauchées, amour et chansons… et inévitable dénouement heureux -Chanson de Jean-Jacques Debout-

1969 : « Le Spécialiste » de Sergio Corbucci 

(Hud est le spécialiste le plus redouté de l’Ouest. Il arrive dans la ville de Blackstone, déterminé à venger son frère Charlie, lynché par les habitants du village après avoir dérobé l’argent de la banque…)

1972 «L’aventure c’est l’aventure» de Claude Lelouch 

(Trois truands (Lino Ventura, Jacques Brel, Charles Denner) et leurs sous-fifres (Charles Gérard, Aldo Maccione) recyclent leurs méthodes traditionnelles de gangsters et décident de jouer la politique pour leurs méfaits dont l’enlèvement de Johnny Hallyday…)

Timide début

1985 « Détective » de Jean-Luc Godard, façon Série Noire. 

2002 « L’homme du train» de Patrice Leconte

(Milan (Johnny Hallyday), un homme au physique marqué genre gangster) ayant pour seul bagage un sac de voyage, descend d’un train dans la petite ville d’Annonay en Ardèche. Il souffre de migraines et passe donc à la pharmacie pour acheter de l’aspirine. Il y rencontre Manesquier (Jean Rochefort), un professeur de français à la retraite qui vit coincé entre ses souvenirs et ses petites habitudes. Ce dernier lui propose l’hospitalité, Milan l’accepte. Se crée alors entre Milan, taciturne et cynique, et Manesquier, grand bavard adepte du monologue alambiqué, une relation faite de fascination mutuelle et d’amitié…)

2006 « Jean-Philippe »,  film français de Laurent Tuel.

 Bande-annonce

(Fabrice (Lucchini) est un cadre moyen, admirateur inconditionnel, incompris par sa femme et sa fille, de Johnny, grand collectionneur de produits dérivés se rapportant à son idole. Après une soirée bien arrosée il rentre chez lui en chantant, ce qui lui vaut de recevoir un violent coup de poing au visage de la part d’un voisin agacé. Lorsqu’il se réveille à l’hôpital, Fabrice se rend progressivement compte qu’il est dans un monde parallèle où Jean-Philippe Smet n’est jamais devenu « l’idole des jeunes…)

2009 «Vengeance»

(Francis Costello vient à Macao pour venger sa fille, Irène, dont la famille a été assassinée par des tueurs à gages mandatés par un chef de la triade locale. Perdu dans une ville qu’il ne connaît pas, il rencontre, alors qu’il rentre à son hôtel, trois tueurs venus exécuter leur contrat en assassinant l’amante infidèle de Mr Fung. Costello, témoin de la scène, garde le silence sur leur identité en échange de leur engagement pour retrouver le commanditaire et les assassins de sa fille...)

Film franco-hongkongais de Johnnie To présenté au festival de cannes, qui fait référence à Jeff Costello, le tueur à gages interprété en 1967 par Alain Delon dans Le Samouraï de Jean-Pierre Melville. Un film magnifique, aussi implacable et glaçant que le bleu des yeux de Johnny. Un Johnny Impressionnant! J’ai adoré. Il n’a pas obtenu le succès qu’il méritait.

2014 «Salaud on t’aime» de Claude Lelouch

(Pour réconcilier son meilleur ami Jacques Kaminsky et ses quatre filles, Printemps, Été, Automne et Hiver, issues de quatre unions différentes, un médecin annonce à celles-ci que leur père est atteint d’une maladie incurable qui ne lui laisse que peu à vivre...)

2017 « Rock ‘n’ roll » de Guillaume Canet qui se met en scène.

(Guillaume Canet -Johnny Hallyday-, comédien de 43 ans, se remet en question le jour où, sur un plateau de tournage, sa jeune partenaire à l’écran lui dit qu’il n’est plus un objet de désir pour les femmes de la jeune génération. La raison? Sa vie de famille bien rangée avec Marion Cotillard, son fils Lucien, sa maison de campagne, sa passion pour les chevaux. Guillaume comprend qu’il faut tout faire pour changer cette image ringarde et plus vraiment sexy…)

2017 «Chacun sa vie» de Claude Lelouch

Plusieurs histoires d’amour, des tranches de vie et des destins liés par le hasard ou la coïncidence, sur fond de festival de jazz à Beaune, en Bourgogne, et d’un procès dans lequel tous les personnages ont un rôle précis : décider du sort d’un des leurs

Je ne l’ai pas encore vu. 

 

ARRET – IMAGES

JOHNNY Hallyday et SYLVIE Vartan COUPLE DE LEGENDE années 70

HOMMAGE A JOHNNY HALLYDAY – 1943-2017

Les 20 images de Johnny que les français n’oublieront jamais

La suite

LES PLUS BEAUX TUBES DE JOHNNY

Et celui-ci qui nous invite à réfléchir et qui nous prend aux tripes.

L’envie d’avoir envie.

 

JEAN D’ORMESSON

JEAN D'ORMESSON academicienJEAN D'ORMESSON academicien

Il est mort comme il a vécu

Avec discrétion et élégance.

A 92 ans, il nous a quittés ce 5 décembre 2017 dans la nuit

Une Crise cardiaque en pleine nuit.

Un autre temps

Un autre monde

Il est l’Expression même de la littérature, Classique et moderne à la fois.

Avec lui, la Tradition n’est pas méprisable.

Il avait un sens aiguisé de la formule. Cela faisait aussi partie de son charme et de sa grande élégance.

«C’est quand il y a quelque chose au-dessus de la vie que la vie devient belle.»

Et celle-ci aussi:

«Personne ne sait jamais ce qu’on gagne avec une naissance. On n’y gagne que des espérances, des illusions et des rêves. Il faut attendre la mort pour savoir enfin ce qu’on perd.»

On pourrait faire un immense recueil de toutes ces petites phrases qui montrent son amour profond de la vie. Et la vie le lui a bien rendu. En cas de désespoir il est conseillé de les relire. En voici quelques-unes .

Ce « Monument de la littérature » nous laisse une image de Bienveillance, Douceur, Elégance, Erudition, Finesse, Générosité, Gentillesse, Grâce, Intelligence et Malice ( tellement de superlatifs élogieux que j’ai préféré les classer par ordre alphabétique)

Sa voix est toujours calme, suave, souriante et rassurante.

Que peut-on rêver de plus ?

Il montre une forme de liberté et d’inquiétude sereine par rapport à la vie. Il a une manière de prendre avec une sorte de fair-play les catastrophes. Un exemple à suivre.

« La vie c’est une fête et c’est un désastre » dit-il.

Il aime les bains de mer et de soleil en Méditerranée. Comme je le comprends.

C’est un grand amoureux des femmes et aussi leur soutien.

Il était moins romancier que philosophe.

Il faut « faire aimer les livres aux gens qui n’en lisent pas »…

 

* MA DERNIERE LECTURE

« Je dirai malgré tout que cette vie fut belle« 

J’ai aimé la manière originale de reprendre le cours de ses souvenirs. Face à un juge nommé MOI il se défend sous le beau nom de MOI.

Son  petit Moi insolent et ridicule, et son grand, omniscient, Noble et Implacable Sur-Moi de Génie, s’affrontent dans ce procès contre lui-même. Et c’est parti pour 462 pages à la Jean d’O… J’ai eu un peu de mal à le terminer. Certains reculeront devant son aspect « pavé » surdimensionné, mais pour les passionnés d’Histoire (je n’en suis pas) et les autres (comme moi), il représente un véritable tour du monde à travers un passé encore proche mais qui nous a souvent échappé. Son récit est truffé d’anecdotes et de rencontres incroyables. Tout Ormesson est dans ce livre : l’homme de tous les contrastes et de toutes les curiosités, léger et profond, caustique et indulgent, érudit et naïf, passionné et indifférent, spirituel et gaffeur, etc…

Pour se défendre dans ce procès qu’il s’intente à lui-même, l’auteur fait défiler au galop un passé évanoui.

On y croise du monde bien, mais tellement de monde, que j’ai eu l’impression qu’il avait rencontré la terre entière.

Il va de l’âge d’or d’un classicisme qui règne sur l’Europe à l’effondrement de ce «monde d’hier» si cher à Stefan Zweig. De Colbert, Fouquet, Bossuet ou Racine à François Mitterrand, Raymond Aron, Paul Morand et Aragon.

 «Quel meilleur interlocuteur que soi-même? Un moyen de pouvoir exprimer la complexité d’une pensée»…

Mais les charmes d’une vie et les tourbillons de l’histoire ne suffisent pas à l’accusé :

 «Vous n’imaginiez tout de même pas que j’allais me contenter de vous débiter des souvenirs d’enfance et de jeunesse? (…) Je ne me mets pas très haut, mais je ne suis pas tombé assez bas pour vous livrer ce qu’on appelle des Mémoires

Il est faussement modeste et son Sur-Moi le lui fait remarquer. J’ai l’impression de me rencontrer moi-même bien que je ne sois pas une personne illustre.

Ce sont les aventures d’un écrivain qui a aimé le bonheur et le plaisir en dépit de tant de malheurs cèdent peu à peu la place à un regard plus grave sur le drame qui ne cesse jamais de se jouer entre le temps et l’éternité, et qui nous emportera.

On y trouve aussi les bons conseils qu’il se plait à nous donner à travers sa propre histoire.

Avant de mourir, sa mère lui a laissé trois principes : 1) ne te fais jamais remarquer ; 2) ne parle jamais de toi ; 3) toute lettre mérite une réponse.

On ne présente plus d’Ormesson. Son style est connu ainsi que son charme et son sourire.

Jean d’Ormesson est un écrivain malicieux. Né en 1925. Il déclare n’avoir rien voulu faire de sa vie. Comme quoi, « Rien » peut mener à « Tout ».

Quelques phrases qui ont résonné en moi

« Je nourrissait en moi comme une soif de transgression »

« Mon père … vivait l’histoire comme une affaire de famille »

« Mes parents veillaient avec une tendre férocité à la priorité de ces obligations »

« Même sans rien faire, je ne me suis jamais ennuyé avec moi »

 « Mes premiers livres, on n’en parlait jamais dans Le Figaro car j’étais sur la liste noire »

Sa médiatisation en fit presque un incontournable du PAF.

* AU CINEMA

Dans « Les saveurs du palais » son deuxième rôle à l’écran (après « Éloge de l’amour », un Godard de 2000, où il tenait un petit rôle), il est égal à lui-même. Parfait !

 » Nous avons cherché ensemble le meilleur. Il fallait trouver le bon ton. Comme il n’était pas acteur, ce n’était pas évident au départ mais ça l’est très vite devenu. À cause de sa vie, de ce qu’il est, Jean avait en lui la possibilité poétique d’être Président. Sur le plateau, il était comme un jeune homme. Il m’a beaucoup touchée ». Catherine Frot

Un film gourmand et délicieux, chargé d’humour et d’émotions: un vrai  délice. J’ai adoré ce film et en particulier le dialogue entre la cuisinière et le président autour du livre « Éloge de la cuisine française » de leur jeunesse. J’ai même acheté le livre de la cuisinière.

A 87 ans , Jean d’Ormesson est très étonnant d’aisance et efficace avec sa douceur, sa lenteur et la joie qui irradie son visage lorsqu’il parle avec sa cuisinière en lecteur émerveillé amoureux des vieilles recettes , de ce superbe livre à la langue aussi délicieuse que les plats qu’il évoque avec elle. Un chef-d’œuvre mêlant littérature et recettes ! Il est réédité ici

« Ne pouvant se prévaloir d’une ressemblance physique avec le défunt Président et conservant la diction un peu ralentie qui lui est propre, l’académicien possède la prestance, le charisme et l’érudition qui donnent à voir un Président subtil et truculent lorsqu’il s’agit de parler de cuisine en tête-à-tête avec Hortense »

Une prestation savoureuse du duo Frot-Ormesson, entouré de seconds rôles convaincants dont Arthur Dupont touchant dans son rôle d’assistant étonné mais dévoué et ouvert à toutes les recherches de son chef.

Pour mieux cerner JEAN D’ORMESSON

-Connaissiez-vous l’histoire de Danièle Delpeuch, la cuisinière de François Mitterrand, qui a inspiré le film ?

-Pas du tout. J’ai fait confiance à Etienne Comar et Christian Vincent. J’avais vu Des hommes et des Dieux, ce film magnifique et cela me suffisait. J’ai fait la connaissance de Danièle Delpeuch un peu plus tard. C’est un sacré personnage.

-Comment avez-vous préparé ce personnage de Président ?

-Le scénario ne m’a pas quitté, je m’endormais même dessus. C’était utile car les scènes faisaient leur chemin dans la nuit. Je n’ai lu le livre de Danièle Delpeuch que bien plus tard. Et j’ai lu le merveilleux livre d’Edouard Nignon, Éloge de la cuisine française, dont le Président s’entretient avec le personnage d’Hortense, la cuisinière. Il me fallait me nourrir un peu de l’intérieur. Mais restons objectifs : ce personnage de Président, qu’on peut penser central, est tout à fait secondaire.

-Vous-même, êtes-vous épicurien comme ce Président qui goûte tant la Poularde demi-deuil?

Je suis très sensible à la nourriture. J’ai adoré la scène avec les truffes. On a dû la recommencer plusieurs fois- c’est très difficile d’être filmé lorsqu’on mange.

Bilan : j’ai dû manger trois truffes et c’était délicieux. Quand j’étais jeune, j’allais quelquefois chez Bocuse ou chez Troisgros. Les grandes tables m’amusaient.

Et il m’est arrivé, comme ce Président que j’interprète, de lire des recueils de littérature sur le sujet.

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